
Élection du 5 octobre : ce que l’ouverture du jeu en ligne changerait au Québec, et ce qui ne changera pas pour vos dépôts
TLDR. Le 5 octobre, deux partis (PLQ et PQ) promettent de mettre fin au monopole de Loto-Québec sur le jeu en ligne avec un système de licences confié à la RACJ. La CAQ veut garder le monopole. Peu importe le résultat, rien ne change à la caisse en 2026 : aucune licence ne peut exister avant une loi, un règlement et un processus d’accréditation, ce qui a pris plus d’un an en Ontario comme en Alberta. Vos dépôts sur lotoquebec.com et sur les sites privés fonctionnent le 6 octobre exactement comme le 4.
Le 5 octobre au soir, vous saurez qui gouverne le Québec. Vous ne saurez pas encore si votre casino en ligne aura un jour une licence québécoise. C’est la nuance que la plupart des articles de campagne oublient, et c’est celle qui compte pour votre portefeuille.
Nous avons lu les engagements des partis, les communiqués de l’industrie, le rapport annuel de Loto-Québec et le dossier de la Cour suprême pour répondre à une seule question : qu’est-ce que le vote change concrètement pour une personne qui dépose 10 $ dans un casino en ligne ce mois-ci ?
Ce que chaque parti propose
| Parti | Chef ou cheffe | Position sur le jeu en ligne privé | Ce que ça donnerait pour vous |
|---|---|---|---|
| Coalition Avenir Québec | Christine Fréchette | Maintien du monopole de Loto-Québec. Le gouvernement Legault avait déjà fermé la porte aux exploitants privés en mai 2025. | Statu quo : lotoquebec.com reste le seul site autorisé, les sites privés restent dans la zone grise. |
| Parti libéral du Québec | Charles Milliard | Accréditation obligatoire des plateformes auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), contributions versées à l’État, fonds de prévention financé par l’industrie, projet de loi dès la première année. Le PLQ chiffre les revenus à environ 310 millions de dollars par année. | Un modèle proche de l’Ontario : sites privés légaux, règles de publicité et de protection, mais pas avant 2027 au plus tôt. |
| Parti québécois | Paul St-Pierre Plamondon | Appuie un encadrement par licences similaire à celui du PLQ. | Même horizon que le PLQ : loi d’abord, licences ensuite. |
| Québec solidaire | Ruba Ghazal | Aucun engagement chiffré sur le jeu en ligne privé à notre connaissance. | Statu quo probable. |
| Parti conservateur du Québec | Éric Duhaime | Aucun engagement chiffré sur le jeu en ligne privé à notre connaissance. | Statu quo probable. |
Deux précisions. D’abord, « accréditation » et « licence » veulent dire la même chose ici : un exploitant privé paie, se conforme, et devient légal au Québec. Ensuite, l’ordre des étapes est fixe. Une loi, puis un règlement, puis un régulateur qui accrédite. Personne ne peut sauter une étape, même avec une majorité.
Les sondages, pour situer le débat
Le sondage Léger du 25 au 27 septembre 2026 (1 001 personnes, publié le 28 septembre) place le Parti québécois en tête à 30 % chez les électeurs décidés, devant le PLQ à 26 %, le Parti conservateur à 18 % et la CAQ à 16 %, reléguée au quatrième rang. Léger mesure aussi que 74 % des Québécois souhaitent un changement de gouvernement. Si ces chiffres tiennent le 5 octobre, les deux partis les plus susceptibles de former le gouvernement sont ceux qui veulent ouvrir le marché.
Sur la question elle-même, la Coalition québécoise du jeu en ligne cite un sondage Mainstreet où 73 % des personnes répondantes se disent favorables à un encadrement des plateformes privées. Cette coalition regroupe des exploitants privés, ce qui explique pourquoi elle commande ce genre de sondage. Nous le citons pour ce qu’il est : un chiffre d’industrie, pas un verdict.
Pourquoi le monopole est contesté : les chiffres de Loto-Québec
Loto-Québec n’est pas en difficulté. Selon son rapport annuel 2025-2026, la société d’État a franchi pour la première fois les 3 milliards de dollars de produits (en hausse de 3,2 %), pour un bénéfice net d’environ 1,5 milliard et un dividende de plus de 1,5 milliard versé au gouvernement pour une quatrième année de suite. Le premier trimestre 2026-2027 montre un bénéfice de 398,1 millions, en hausse de 3,6 %.
Le problème est ailleurs : la part du jeu en ligne. Loto-Québec se félicite d’une proportion record de revenus en ligne à 19,2 % (sa cible était 15,7 %). Mais un rapport Blask de 2025, cité par l’industrie, estime que la société d’État ne capte qu’environ 17 % du marché québécois du jeu en ligne. Autrement dit, plus de 80 % des mises en ligne des Québécois iraient vers des sites privés sans licence québécoise.
| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Produits totaux 2025-2026 | plus de 3 milliards $ (+3,2 %) | Rapport annuel Loto-Québec 2025-2026 |
| Bénéfice net 2025-2026 | environ 1,5 milliard $ (+0,5 %) | Rapport annuel Loto-Québec 2025-2026 |
| Part des revenus en ligne | 19,2 % (cible : 15,7 %) | Rapport annuel Loto-Québec 2025-2026 |
| Part estimée de Loto-Québec dans le jeu en ligne au Québec | environ 17 % | Rapport Blask 2025 cité par la Coalition québécoise du jeu en ligne |
| Revenus annuels estimés d’un régime de licences | environ 310 millions $ | Cadre financier du PLQ |
C’est ce fossé entre 19,2 % et 17 % qui alimente le débat. Les deux chiffres sont vrais en même temps : Loto-Québec grandit en ligne, et la majorité du marché lui échappe quand même.
Le 7 octobre, la Cour suprême entre en scène
Deux jours après le vote, le 7 octobre 2026, la Cour suprême du Canada entend le dossier 42141 : Société des loteries de l’Atlantique et autres contre le Procureur général de l’Ontario. Parmi les appelantes, Loto-Québec. Parmi les intervenants, Flutter Entertainment, NSUS (GGPoker), la Canadian Gaming Association et le Procureur général de l’Alberta.
La question : le modèle ontarien, où des exploitants privés enregistrés laissent leurs joueurs jouer avec des personnes situées hors du Canada, respecte-t-il l’article 207(1)a) du Code criminel ? La Cour d’appel de l’Ontario a répondu oui en novembre 2025. Les sociétés d’État, Loto-Québec en tête, contestent.
Pour vous, l’enjeu est concret : si la Cour suprême confirme le modèle ontarien, un futur régime québécois de licences aura une base juridique claire. Si elle le renverse, même un gouvernement PLQ ou PQ devra revoir son plan, et les tables de poker et de casino en direct ontariennes devront se limiter au Canada.
Ce qui ne changera pas pour vos dépôts, quel que soit le résultat
C’est la section que vous devriez lire deux fois.
- Aucune licence québécoise n’existera en 2026. Le calendrier le plus rapide (PLQ) prévoit un projet de loi dans la première année du mandat. L’Ontario a lancé son marché le 4 avril 2022, un an après l’adoption de son cadre. L’Alberta a adopté sa loi au printemps 2025 et ouvert son marché le 13 juillet 2026. Comptez le même délai au Québec : 2027 au mieux, plus probablement 2028.
- lotoquebec.com reste le seul site autorisé par le Québec. Ses limites de dépôt, ses outils de jeu responsable et ses méthodes de paiement ne dépendent pas du vote.
- Les sites privés restent dans la zone grise. Ils continueront d’accepter les Québécois, avec les mêmes méthodes de paiement, mais sans recours auprès d’un régulateur québécois en cas de litige. Rien ne les oblige, aujourd’hui, à respecter des limites de dépôt ou une auto-exclusion provinciale.
- Vos gains restent non imposables. Au Canada, les gains de jeu d’une personne qui joue à titre récréatif ne sont pas imposables, et aucun parti ne propose de changer cette règle.
- Le dépôt minimum est fixé par le site, pas par la loi. Un régime de licences ne fixe pas de plancher de dépôt. En Ontario, les exploitants enregistrés continuent d’accepter des dépôts de 10 $ et parfois moins.
Ce qui changerait avec des licences (à partir de 2027 au plus tôt)
| Aspect | Aujourd’hui (monopole) | Avec un régime de licences de type Ontario |
|---|---|---|
| Sites légaux au Québec | lotoquebec.com seulement | Loto-Québec plus tous les exploitants accrédités |
| Recours en cas de litige | Loto-Québec : oui. Sites privés : aucun au Québec | Plainte possible auprès du régulateur (RACJ) pour tous les sites accrédités |
| Publicité des bonus | Aucune règle québécoise pour les sites privés | Encadrement strict, sur le modèle ontarien qui interdit la publicité publique des bonus |
| Limites de dépôt et auto-exclusion | Loto-Québec : oui. Sites privés : selon leur bon vouloir | Obligatoires pour tous, avec un registre provincial |
| Argent pour la prévention | Budget de Loto-Québec | Fonds de prévention financé par l’industrie (proposition PLQ) |
| Méthodes de paiement | Interac chez Loto-Québec et chez la plupart des sites privés | Interac partout, avec vérification d’identité obligatoire dès l’inscription |
Le point le plus sous-estimé est le troisième. L’Ontario interdit aux sites enregistrés de faire de la publicité publique pour leurs bonus. Si le Québec copie ce modèle, les offres de bienvenue que vous voyez aujourd’hui sur les sites privés disparaîtront des bannières et ne seront visibles qu’une fois connecté. Ce n’est pas un détail : c’est ce qui a le plus changé l’expérience des joueurs ontariens en 2022.
Ce que nous ferions d’ici la fin de l’année
Nous ne sommes pas un parti politique et nous ne vous dirons pas pour qui voter. Voici ce que nous appliquons nous-mêmes.
- Déposer petit. Tant qu’un site privé n’a aucune licence québécoise, un dépôt de 1 $ à 10 $ limite l’exposition. Notre comparatif des casinos à 1 $ de dépôt minimum et celui à 10 $ de dépôt minimum existent pour ça.
- Retirer régulièrement. Un solde qui dort chez un exploitant sans licence est un solde sans recours.
- Comparer avec l’Ontario et l’Alberta. Nos pages sur les casinos de l’Ontario et les casinos de l’Alberta montrent à quoi ressemble un marché sous licence, avec les mêmes marques que celles qui demanderont une accréditation au Québec.
- Relire pourquoi le Québec n’était pas la prochaine destination de l’iGaming en juillet. La campagne a changé la donne en trois mois, ce qui montre à quelle vitesse le dossier peut bouger.
Questions fréquentes
Si le PLQ ou le PQ gagne, quand pourrai-je jouer sur un site licencié au Québec ?
Pas avant 2027, et 2028 est plus réaliste. Il faut une loi, un règlement, puis l’accréditation des exploitants par la RACJ. L’Ontario et l’Alberta ont chacun mis environ un an entre la loi et l’ouverture du marché.
Si la CAQ gagne, les sites privés vont-ils bloquer les Québécois ?
Non. Le maintien du monopole ne change rien à l’accès aux sites privés, qui restent dans la zone grise actuelle. Ce qui manquerait toujours, c’est un recours québécois en cas de problème.
Loto-Québec disparaîtrait-elle avec des licences ?
Non. En Ontario, la société d’État (OLG) continue d’exploiter son propre site à côté des exploitants privés. Le PLQ et le PQ proposent le même modèle : Loto-Québec plus des concurrents accrédités.
Est-ce que je paierais de l’impôt sur mes gains avec un régime de licences ?
Non. La règle fiscale canadienne sur les gains de jeu récréatifs ne dépend pas du régime provincial de licences. Ce sont les exploitants qui paieraient des contributions à l’État.
Que décide la Cour suprême le 7 octobre ?
Elle entend le dossier ce jour-là, mais la décision viendra des mois plus tard. Elle dira si des exploitants privés enregistrés dans une province peuvent laisser leurs joueurs jouer avec des personnes hors du Canada. Le résultat conditionne la forme de tout futur régime québécois.
Jeu responsable
Une campagne électorale n’est pas une raison de jouer plus. Fixez un budget avant de déposer, ne jouez jamais avec de l’argent dont vous avez besoin, et rappelez-vous que les sites sans licence québécoise n’ont aucune obligation de respecter vos limites. Si le jeu vous inquiète, Jeu : aide et référence répond 24 heures sur 24 au 1 866 461-0140. Le service est gratuit et confidentiel.
Sources
- Le Devoir, « Le Parti libéral du Québec veut mieux encadrer les plateformes de jeu en ligne en les forçant à s’accréditer auprès du gouvernement » (campagne 2026).
- La Presse, « Jeux en ligne : Québec n’ouvrira pas la porte aux privés » (7 mai 2025).
- Loto-Québec, communiqué et rapport annuel 2025-2026 (juin 2026) ; La Presse, résultats du premier trimestre 2026-2027 (17 septembre 2026).
- Cour suprême du Canada, dossier 42141, Société des loteries de l’Atlantique et autres c. Procureur général de l’Ontario, audience du 7 octobre 2026.
- Coalition québécoise du jeu en ligne, communiqué de campagne (Les Affaires, septembre 2026), citant les données Blask 2025 et Mainstreet.
- Léger, « Intentions de vote au Québec : la CAQ recule au quatrième rang », sondage du 25 au 27 septembre 2026 publié le 28 septembre 2026.