October 14, 2026


Article rédigé par:
Natalie
Relecture par:
Natalie
September 7, 2026
8 Min Read

Les Canadiens aiment-ils toujours autant parier ? Analyse d’un paysage en pleine mutation

Les Canadiens aiment les bons paris. Mais les gens parient-ils davantage aujourd’hui, ou changent-ils simplement leurs habitudes ? Les chiffres révèlent un décalage surprenant. Le revenu total des jeux d’argent vient d’atteindre un sommet historique, mais la participation globale est en baisse. Les gens parient moins. Il s’agit d’un phénomène bien plus vaste qu’un simple boom.

Le revenu brut des jeux d’argent à l’échelle nationale a atteint environ 19,8 milliards de dollars en 2024-2025. Avant la pandémie, ce chiffre oscillait entre 14 et 15 milliards de dollars. Les paris sportifs sur un seul événement ont été légalisés en août 2021, entraînant une poussée immédiate du marché. Le marché réglementé des jeux en ligne de l’Ontario a suivi en avril 2022. Depuis, la croissance a ralenti. L’argent qui transitait auparavant par des sites du « marché gris » apparaît désormais dans les rapports officiels du gouvernement. Si les chiffres nominaux montrent une croissance substantielle, une analyse approfondie révèle une réalité nuancée marquée par une évolution de l’engagement.

Nous avons extrait des données de la base de données sur les statistiques des jeux d’argent au Canada pour comprendre la situation réelle. Nous analyserons les totaux nationaux, les habitudes de dépenses individuelles et l’essor rapide des plateformes en ligne. La conclusion principale n’est pas un simple boom des paris ; la réalité est bien plus complexe.

L’évolution du paysage des revenus des jeux d’argent au Canada

Examinons d’abord le chiffre global. Le revenu brut des jeux d’argent (RGJ) au Canada a atteint environ 19,8 milliards de dollars en 2024-2025. Cette statistique mesure les pertes des joueurs après le paiement des gains. Les analystes considèrent le RGJ comme le meilleur indicateur de la taille réelle du marché, reflétant l’argent net dépensé par les Canadiens dans les jeux de hasard.

Avant la pandémie, ce nombre oscillait autour de 14 à 15 milliards de dollars. Puis la COVID-19 est arrivée, les casinos ont fermé et le RGJ a chuté à environ 7,2 milliards de dollars en 2020-2021. Après la réouverture, la croissance n’a pas été graduelle. Le véritable bond a eu lieu en 2022-2023, le RGJ passant d’environ 12,7 milliards à 18,3 milliards de dollars en une seule année. Il est important de noter que ces chiffres représentent les pertes brutes des joueurs, et non le montant total misé. Les chiffres du chiffre d’affaires seraient bien plus élevés, car ils incluraient chaque dollar misé et remis en jeu. Le RGJ indique simplement ce qui reste aux opérateurs après les gains versés.

Deux événements principaux expliquent cette hausse. Premièrement, le Canada a légalisé les paris sportifs sur un seul événement en août 2021 avec l’adoption du projet de loi C-218. Auparavant, ces paris étaient interdits. Peu après, l’Ontario a lancé son marché légal des jeux en ligne en avril 2022, permettant aux casinos en ligne privés de proposer leurs services légalement pour la première fois. Ces mesures ont complètement remodelé le marché réglementé des jeux au Canada.

Au-delà du boom : ralentissement de la croissance et mutation de la participation

C’est ici qu’intervient le revirement. La croissance massive de 2022-2023 s’est complètement essoufflée. Le revenu national n’a progressé que de 2 % d’une année à l’autre, passant de 19,4 à 19,8 milliards de dollars en 2024-2025. Si l’on compare cette faible croissance au bond de 45 % de l’année précédente, le ralentissement est frappant.

La participation ne suit pas la progression financière. En réalité, moins de Canadiens jouent aujourd’hui qu’auparavant. Qu’est-ce qui alimente alors ces nouveaux flux financiers ? La vérité est qu’un groupe restreint de gros parieurs génère la majeure partie des dépenses. Moins de Canadiens jouent, mais ceux qui le font dépensent davantage. L’expansion du marché reposait auparavant sur l’acquisition de nouveaux utilisateurs. Aujourd’hui, elle repose sur l’augmentation des dépenses des utilisateurs existants.

Le contexte aide à expliquer ces chiffres. Une grande partie de cette croissance provient de la formalisation du marché : l’argent du marché gris a été intégré dans les bilans officiels. Si l’on ajoute l’inflation et la croissance démographique, le bond des revenus perd de son éclat. Se concentrer uniquement sur les montants bruts masque la réalité. En associant ces données à celles par habitant et à la stagnation de la participation, on obtient une image bien plus claire de la situation réelle. Cela permet d’éviter de déclarer hâtivement un « boom » et de mettre en lumière la dynamique réelle en jeu.

Dépenses par adulte : l’intensité de l’engagement

La ventilation des chiffres par population adulte clarifie cette tendance. La Saskatchewan est en tête au Canada avec un RGJ d’environ 835 $ par adulte. L’Alberta se classe deuxième avec environ 672 $, tandis que l’Ontario suit de près avec environ 667 $.

L’Ontario arrive également en tête dans une autre catégorie : les Ontariens affichent les dépenses numériques les plus élevées du pays, avec environ 221 $ par adulte dépensés sur les plateformes de jeux d’argent en ligne.C’est un chiffre marquant étant donné la nouveauté du marché en ligne réglementé dans cette province.

Ces chiffres confirment l’idée précédente : la croissance des revenus ne provient pas d’une nouvelle vague de Canadiens découvrant les jeux de hasard. Elle provient plutôt de joueurs existants, particulièrement en ligne, qui dépensent nettement plus par personne qu’auparavant. Cela explique comment les revenus grimpent alors que le nombre de joueurs diminue.

Le virage numérique : les jeux en ligne sous les projecteurs

Les casinos physiques attirent toujours les foules, mais c’est dans les jeux en ligne que se situe l’expansion rapide. Les revenus en ligne ont atteint environ 3,6 milliards de dollars en 2024-2025, captant environ un cinquième de l’ensemble du marché canadien. Aucun autre format ne connaît une croissance aussi rapide.

L’Ontario mérite une attention particulière : la province génère plus de 50 % des revenus totaux des jeux d’argent au Canada, avec un RGJ d’environ 9,35 milliards de dollars. Les plateformes en ligne s’y développent rapidement : les revenus numériques ont atteint environ 2,83 milliards de dollars en 2024-2025, soit un tiers du marché ontarien. Un an plus tôt, ce chiffre était de 1,82 milliard, ne représentant qu’un quart des revenus de la province.

L’Alberta est la prochaine province à surveiller. Le 13 juillet 2026, elle devrait devenir la deuxième province canadienne à ouvrir un marché réglementé des jeux d’argent en ligne privés, emboîtant le pas à l’Ontario. Jusqu’à cette date, PlayAlberta restait la seule option en ligne légale dans la province, générant environ 235 millions de dollars en 2024-2025. Avec l’arrivée de la concurrence privée, les chiffres en ligne de l’Alberta devraient augmenter.

Les jeux en ligne ne cessent de croître rapidement. La facilité d’accès et les nouveaux marchés légaux sont les principaux moteurs de cette tendance. Toutefois, ces données mesurent principalement les dépenses plutôt que les raisons derrière le comportement des joueurs.

Ventilation par format : bastions traditionnels et croissance numérique

Malgré l’essor des plateformes numériques, les casinos traditionnels occupent toujours la première place à l’échelle nationale, avec environ 7,95 milliards de dollars de RGJ. Les loteries arrivent en deuxième position avec 4,28 milliards, suivies des jeux en ligne avec 3,6 milliards et des appareils de loterie vidéo (ALV) avec 2,44 milliards.

Les formats traditionnels dominent toujours les dépenses totales pour le moment, mais la croissance rapide du secteur en ligne suggère que cette avance diminuera dans les années à venir. La scène des jeux d’argent au Canada est en transition ; les casinos classiques s’équilibrent désormais avec l’essor massif du numérique.

Conclusion : un pari complexe pour les Canadiens

Les Canadiens parient-ils davantage ? La réponse honnête est nuancée. Les revenus post-pandémiques ont clairement augmenté. Le projet de loi C-218 et le lancement du marché ontarien ont provoqué des changements radicaux. Pourtant, les chiffres bruts ne racontent pas toute l’histoire.

L’expansion du marché a récemment atteint un plafond avec une augmentation de seulement 2 %. Le nombre total de joueurs n’a pas augmenté. Un groupe plus restreint de gros parieurs porte le marché. Si l’on ajoute la formalisation du marché gris, l’inflation et la croissance démographique, la situation apparaît sous un jour totalement différent.

La dynamique réelle du marché est bien plus complexe que les chiffres d’affaires globaux ne le suggèrent. Les jeux en ligne restent le moteur de croissance le plus évident, avec l’Ontario en fer de lance et l’Alberta s’apprêtant à suivre. Les casinos traditionnels conservent la part du lion, mais cette avance s’amenuise d’année en année.

Les Canadiens aiment toujours les bons paris, mais la manière dont ils parient est aujourd’hui radicalement différente. Il semble que moins de personnes jouent, mais que celles qui le font dépensent davantage, en particulier via les plateformes en ligne. Pour de nombreux joueurs actifs, le tapis du casino est en train d’être remplacé par l’écran dans leur poche.

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